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Quelques nouvelles d’Irak

Alors que le monde est encore ralenti par la pandémie, les archéologues, dont beaucoup n’ont pu aller sur le terrain en 2020, font le bilan de leurs travaux antérieurs et planifient les travaux futurs en Irak. Sur place, le travail de reconstruction se poursuit, avec parfois un constat amer sur l’état de certains sites. Le musée de Mossoul, fondé en 1952, a beaucoup souffert de l’occupation de la région par Daesh. En 2015, des djihadistes ont détruit à la masse... Lire la suite

Quelques nouvelles d’Irak

31.05.2021 | par Cécile Michel | 0 commentaires

Alors que le monde est encore ralenti par la pandémie, les archéologues, dont beaucoup n’ont pu aller sur le terrain en 2020, font le bilan de leurs travaux antérieurs et planifient les travaux futurs en Irak. Sur place, le travail de reconstruction se poursuit, avec parfois un constat amer sur l’état de certains sites.

Le musée de Mossoul, fondé en 1952, a beaucoup souffert de l’occupation de la région par Daesh. En 2015, des djihadistes ont détruit à la masse des statues, originales ou copies, en provenance des sites de Ninive et Hatra. Après la reconquête de la région par l’armée irakienne en 2017, des chercheurs irakiens et internationaux se sont attelés à la restauration du musée depuis deux ans. Ils ont constaté de très nombreux dégâts : des charges d’explosifs ont détruit une statue géante de taureau androcéphale ailé provenant de l’ancienne Kalhu. Le bâtiment, abîmé par des tirs de mortiers, est peu à peu remis en état. Chaque objet est inventorié, décrit, puis restauré. Et une réflexion est menée pour construire un nouveau parcours muséographique. Il s’agit là d’un travail de longue haleine, qui aboutira dans quelques années, à la réouverture du musée au public.

La ville de Mossoul est également incluse dans le projet Documenting Disappearing History : The Mapping Mesopotamian Monument Project (MMM). Ce projet, démarré en 2012, a concentré ses efforts sur le Kurdistan irakien et l’est anatolien pour y recenser les monuments, reliefs gravés sur rochers et œuvres architecturales en danger. Coordonné par Zainab Bahrani (Columbia University), le projet réunit une équipe internationale qui, dans certains cas, a pu documenter des sites, à l’aide de techniques modernes de numérisation, peu avant qu’ils aient été endommagés. Parmi les reliefs inventoriés figurent par exemple celui de Darand-i Gawr, dans le district de Souleymaniyeh, sculpté sous les ordres d’un souverain de la Troisième Dynastie d’Ur (21e siècle av. J.-C.), ou encore des reliefs assyriens du Ier millénaire. L’équipe a également suivi et relevé l’aqueduc du roi Sennacherib à Jerwan qui peut désormais être associé au système de contrôle des eaux imposé par ce souverain au nord de Ninive. La base de données issue de cet inventaire va être prochainement ouverte au public, et le projet MMM va poursuivre son travail dans le sud de l’Irak dans les années à venir

C’est justement dans le sud du pays que de nombreuses missions archéologiques ont recommencé à travailler depuis une dizaine d’années. Parmi celles-ci, une mission slovaque-irakienne a ouvert un chantier depuis 2016 sur le site de Tell Jokha, l’ancienne cité sumérienne d’Umma, au sud de Baghdad. Le site n’a jamais été officiellement fouillé auparavant, mais il est bien connu des pilleurs depuis plus d’un siècle. Au total, près de 30 000 tablettes cunéiformes en provenance d’Umma datant de la fin du IIIe et du début du IIe millénaire ont été vendues sur le marché des antiquités. Une tranchée ouverte dans la partie supérieure du tell en 2017 a mis au jour des constructions et 18 tablettes, la plus ancienne étant datée de la période Dynastique Archaïque IIIb (2550-2350). Les découvertes devraient permettre de d’établir le plan de la ville d’Umma, qui couvrait 400 ha, et préciser l’histoire des dynasties sumériennes au IIIe millénaire.

Le site de l’antique Umma se trouve en bordure des marais du delta au sud de l’Irak. Ces marais, après avoir été asséchés par Saddam Hussein dans les années 1990, ont été remis en eau en 2003, retrouvant une partie de leur biodiversité. Grâce aux efforts de leurs habitants, ils ont été inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco en 2016, avec les sites archéologiques d’Uruk, Ur et Eridu. Hélas, aujourd’hui, ces marais, leur flore et leur faune, sont menacés par les eaux usées chargées en métaux lourds issus des déchets industriels. Plus de deux-tiers des déchets des usines sont déversés dans les rivières et les mers en Irak car l’Etat n’a pas les moyens de construire les infrastructures nécessaires.

Fin 2020, le gouvernement irakien, avec le soutien du National Adaptation Plan des Nations Unies pour l’Environnement a lancé un plan national pour tenter de réduire la vulnérabilité du pays aux effets négatifs du changement climatique. Avec un soutien financier du Green Climate Fund, l’Irak devrait renforcer ses capacités institutionnelles et techniques pour s’adapter sur le long terme dans la planification du développement national et donc trouver des solutions entre autres, au traitement des déchets. Espérons que la biodiversité unique des marais du sud du pays pourra une fois de plus être sauvée.