Antiquités pillées et restitutions

Les pillages d’antiquités font de plus en plus souvent la une des journaux. Il y a plusieurs raisons à cela. Les affaires concernent parfois des quantités impressionnantes d’artefacts archéologiques. Les médias sociaux facilitent le trafic, mais les contrôles se sont renforcés dans plusieurs pays. Et de plus en plus de scientifiques, de politiques ou d’autres personnes agissent pour combattre ce phénomène. Les restitutions de pièces volées à leur pays d’origine se sont également multipliées, permettant parfois, comme en Irak, le réaménagement des musées.

Les autorités israéliennes ont procédé à la saisie d’un nombre important d’antiquités dans la maison d’un marchand à Modi’in : des tablettes cunéiformes, des bijoux et de très nombreuses pièces de monnaie antiques. Dans le Musée d’Israël à Jérusalem figurent des artefacts provenant de pillages. Certains sont issus de la collection privée de Michael Steinhardt, un milliardaire américain. En décembre dernier, ce collectionneur s’est vu dans l’obligation de restituer 180 objets volés dans une dizaine de pays. Parmi les objets restitués figure un rhyton en forme de tête de cerf, datant de 400 avant J.-C. et pillé à Milas, en Turquie. C’est en raison d’une forte demande émanant de tels collectionneurs que les sites archéologiques sont pillés.

D’autres pays, comme le Liban ou l’Iran, n’exercent pas le contrôle nécessaire pour arrêter les trafiquants. Les archéologues syriens et libanais ont été choqués en découvrant une interview filmée de Nohad Machnouk, député libanais, par des journalistes de la télévision al-Jadeed. En effet, la vidéo, tournée dans le bureau de ce dernier, montrait des statues pillées sur le site syrien de Palmyre en 2014 et 2015 alors que cet homme politique était Ministre libanais de l’Intérieur. Le trafic des antiquités syriennes a explosé depuis le début de la guerre civile en 2011, tous les protagonistes y participant, y compris des représentants de certains pays étrangers présents sur place et des officiers du régime syrien. Les milices iraniennes seraient également impliquées dans ce trafic.

En Iran justement, un projet de loi présenté au Parlement et visant à utiliser de manière optimale les artefacts archéologiques risque de transformer le pays en plaque tournante pour le trafic illicite d’antiquités. Plusieurs dizaines de professeurs d’archéologie ont protesté expliquant que ce projet, présenté sans concertation avec le service des antiquités, allait à l’encontre de la protection du patrimoine archéologique. Il existe des lois, mais elles sont peu appliquées contre de ceux qui vendent les objets antiques sur internet.

En Irak, après des années de confusion, les contrôles se sont renforcés. Un touriste britannique a été arrêté en mars à l’aéroport de Bagdad après la fouille de ses bagages. Les douaniers y ont trouvé des fragments de pierre et des tessons de poterie ramassés dans les ruines de l’ancienne ville sumérienne d’Eridu, au sud de l’Irak. La ville, classée en 2016 au patrimoine mondial de l’Unesco est depuis quelques années fouillée par une mission irako-italienne. La loi irakienne punit très sévèrement l’exportation de tout objet considéré comme faisant partie du patrimoine culturel : ce touriste est passible de la peine capitale ! La peine envisagée est bien entendu surréaliste. Les autorités devraient peut-être plutôt réfléchir à distribuer un guide aux touristes expliquant la bonne conduite à tenir lors de la visite des sites archéologiques.

Beaucoup de saisies d’antiquités ont récemment permis de restituer les objets à leur pays d’origine. Le Musée National Irakien à Bagdad a ainsi récupéré plus de 17 000 artefacts en provenance de l’étranger (États-Unis, Japon, Pays-Bas, Liban), y compris la célèbre tablette cunéiforme de l’Épopée de Gilgamesh. Après le pillage du musée en 2003, celui-ci avait fermé ses portes, pour les ouvrir de manière sporadique avant de les fermer à nouveau en 2019 pour des travaux de reconstruction. Le musée rénové a été inauguré le 6 mars dernier et peut accueillir à nouveau les touristes, mais aussi les écoles et les étudiants pour leur faire redécouvrir la civilisation mésopotamienne. Ce sont désormais 23 salles qui présentent au public quelques 9 700 objets.

Espérons que d’autres objets retrouveront prochainement leur pays d’origine et pourront être admirés dans les musées de ces pays.

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