Les hiéroglyphes assyriens

Cette année nous célébrons le 200e anniversaire du déchiffrement de l’écriture hiéroglyphique égyptienne par Jean-François Champollion. Cette écriture a de tout temps fasciné par sa nature figurative. Déjà, dans l’antiquité, elle a eu une influence non négligeable sur les souverains assyriens qui ont inventé leur propre système hiéroglyphique.

En effet, les assyriologues ont longtemps été intrigués par des séries de symboles figurant sur quelques inscriptions de certains souverains de l’empire assyrien. Ces symboles se retrouvent par exemple sur des panneaux de briques vernissées de Sargon II (721-705) ou encore aux extrémités de prismes en argile d’Assarhaddon (680-669), et sur une pierre noire datée de ce dernier souverain. Pendant longtemps, les chercheurs ont considéré que ces dessins correspondaient à des représentations symboliques du pouvoir royal. Un nouvel examen effectué au milieu des années 1990 a montré qu’en fait ces images pouvaient faire sens en les lisant comme une sorte d’écriture cryptographique.

Selon Irving Finkel et Julian Reade[1], la séquence de sept motifs, représentés toujours dans le même ordre sur des briques colorées, figurait par paires aux des portes des temples des dieux Sîn (Lune), Shamash (Soleil) et Nabû (dieu des scribes) de Dûr-Sharrukîn, la capitale de Sargon II.

Credit: V. Place & F. Thomas, Ninive et l’Assyrie, 1867

La lecture qui en est proposée est la suivante : ROI, soit « Sargon » – LION, animal symbolisant la royauté, soit « roi » –  CORBEAU (aribu) jeu de mot pour rabû « grand » – TAUREAU, autre animal symbolisant la royauté, soit « roi » – FIGUIER (MA = tittu) jeu de mot pour MA = mâtu « pays » – CHARRUE A SEMOIR (shûrû) jeu de mots pour (Ash)shur – PERSONNE pointant le sol, jeu de mot pour KI = erṣetu, la terre, déterminatif des noms de ville. Cette séquence serait donc à traduire par « Sargon, Grand roi, Roi du pays d’Ashshur ».

On voit là le désir du souverain de créer une sorte d’écriture hiéroglyphique assyrienne, inspirée de celle des Égyptiens, et qui, comme celle-ci pouvait avoir plusieurs sens de lecture. En effet, les figures regardaient vers les portes et les frises étaient placées en miroir, de part et d'autre des portes ; elles devaient donc pouvoir se lire aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche. Cette écriture secrète avait aussi une utilisation décorative.

Parmi les objets inscrits attribués à Assarhaddon figure une pierre noire portant une inscription cunéiforme et dont la face montre une série de dessins que l’on retrouve aussi sur les extrémités de trois prismes en argile émanant également de ce roi. Les hiéroglyphes assyriens sur la face de la pierre noire, selon le même principe, seraient à lire ainsi : « Aššur-aha-iddin (Assarhaddon), roi de la haute et de la basse Mésopotamie ».

Dans une inscription d’Assarhaddon, le roi fait allusion à des documents de fondation destinés à Babylone faits de pierre noire et d’argile cuite et portant des dessins. Il s’agit là d’une claire allusion aux objets décrits ci-dessus. Il explique également : « J’y ai reproduit des dessins représentant l’écriture de mon nom ». Le souverain assyrien aspirait à conquérir l’Égypte et ainsi à dominer le monde. La création des hiéroglyphes assyriens constituait une étape vers la réalisation de cette ambition.

[1] I. L. Finkel et J. E. Read, Assyrian Hieroglyphs, Zeitschrfit für Assyriologie 86, 1996, p. 244-268.


Un commentaire pour “Les hiéroglyphes assyriens”

  1. KIDU Répondre | Permalink

    Cette écriture secrète est-elle inspirée de celle des Égyptiens ou de la première écriture pictographique sumérienne ? Si les scribes ont pris soin de garder la trace de ces idéogrammes archaïques au fil des générations, ils accordaient vraisemblablement une extrême importance aux concepts originels qu'ils véhiculaient.

    Ainsi la charrue APIN signifiait également fondations. Les sept motifs de la frise affirmeraient alors le prestige du souverain par la maîtrise de connaissances fondatrices de son pouvoir royal comme celle de la "coupe puissante" UR-MAḪ (donnée par le lion UR-MAḪ, le "chien puissant") de la lumière solaire NU₁₁ (même idéogramme que celui de BURU₄ corbeau). On observe que le motif du taureau fait ressortir une corne blanche SI-BABBAR, la mesure puissante du soleil UTU (même idéogramme que BABBAR). Quant à l'idéogramme du figuier MA, c'est aussi celui de la mine, la mesure pondérale, donnée par le ciel (MA-AN) et par la terre vue comme un grand rocher (MA-NA). Son fruit PÈŠ ou ḪAŠ-ḪUR-PÈŠ, la figue, a une structure striée de lignes verticales qui rejoignent ses deux extrémités. Elle modélise (ḪAŠ-ḪUR = dessin-coupe) la progression de la lumière solaire autour de la terre KI pointée par le personnage de droite.

    Cet ancrage est à examiner très méticuleusement.

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