Pourquoi graver un texte cunéiforme sur du métal ?

Une très large majorité des textes cunéiformes découverts sur les sites du Proche-Orient ancien ont été écrits sur de l’argile fraîche façonnée en coussinets que nous appelons « tablettes ». Toutefois, d’autres matériaux ont également été utilisés comme support de cette écriture, comme des tablettes en bois recouvertes de cire aujourd’hui disparues, des objets en pierre ou en métal, ainsi que de rares objets en coquillage, os, ivoire ou verre.

Quelques centaines d’objets inscrits en métal ont été exhumés sur les sites de l'ancienne Mésopotamie. Le support en métal pouvait être choisi en raison de sa valeur, mais aussi de sa durabilité, pour des fonctions bien précises, comme par exemple des inscriptions commémoratives souvent commanditées par le souverain. Les métaux et alliages utilisés sont l’or, l’argent, différents alliages à base de cuivre, et le plomb. Plus le métal était précieux, plus le message inscrit dessus avait de pouvoir.

Dans un débat sumérien entre l’argent et le cuivre, chacun vante ses qualités et les défauts de l’autre. Ainsi, le cuivre reproche à l’argent d’être inutile : « Ils t’ont coupé en morceaux avec la force que je leur ai fournie (…) on t’enterre dans le coin le plus obscur d’une tombe. » Le cuivre, lui, s’estime indispensable car il sert à fabriquer les outils dont se servent les agriculteurs, les bergers ou les maçons au quotidien. A cela, l’argent répond qu’il est employé à un noble usage, pour la vaisselle des banquets ou pour les inscriptions de fondation, tandis que les outils en cuivre de l’agriculteur et du bûcheron s’émoussent.

Or et argent ont de fait servi à façonner des bijoux, des statuettes ou encore de la vaisselle de luxe portant parfois une inscription votive en cunéiforme. Un vase en argent intact, de 35 cm de haut, a une inscription sumérienne sur le haut de son col indiquant qu’il a été offert par le roi Enmetena de Lagash (vers 2420  av. J.-C.) au dieu Ningirsu pour son service de table. Ce vase, déposé dans le temple du dieu, présente un décor gravé de quatre aigles à tête de lion avec des lions et des bouquetins.

Vase en argent d'Enmetena,    Musée du Louvre (AO 2674) Barbe en or offerte au dieu Shara d'Umma, Musée du Louvre (AO 19225)

Les statues, royales ou divines, étaient généralement faites de bois ou de pierre, certaines pouvaient également être réalisées en métal, ou bien plaquées en or ou en argent. Certaines statues étaient parées d’éléments en métaux précieux. Ainsi, une plaque en or, en forme de barbe, devait être accrochée au bas du visage d’une statue du dieu Shara comme l’indique son inscription en sumérien : elle était vouée par Bara-Irnun, reine de la ville d’Umma, à cette divinité, pour sa vie (vers 2370 av. J.-C.). D’autres statues, parfois de grande taille, étaient coulées en cuivre ou en bronze.

Dans les fondations des temples et des palais, les rois mésopotamiens procédaient à l’enfouissement rituel d’objets en matériaux divers, certains d’entre eux portant une inscription. Au IIIe millénaire, il s’agit souvent d’une statuette anthropomorphe en forme de clou, éventuellement plantée à travers une plaque ou une tablette, inscrite ou non. La statue représente le dieu auquel le temple est dédié, ou encore le roi à l’initiative de la construction du bâtiment. L’inscription concerne la dédicace du temple à la divinité.

À partir du début du IIe millénaire ces statuettes sont remplacées par des clous, des cônes, des cylindres ou encore des prismes. Les tablettes sont parfois en métal et portent des malédictions contre tout roi futur qui n’entretiendrait pas le bâtiment. Dans le palais de Sargon II (721-705) à Khorsabad, les archéologues ont découvert un coffret en pierre contenant cinq tablettes, en magnésite, en plomb, en bronze, en or et en argent. Leur texte concerne la construction de la nouvelle capitale, ses temples et son palais.

Certaines armes en métal pouvaient également être munies d’une inscription cunéiforme. Elles étaient alors été détournées de leur usage violent initial pour devenir des objets cérémoniels. Il s’agit de masses d’arme, poignards, épées, pointes de flèches ou de lances… L’inscription y est souvent courte, donnant le nom du dédicataire et celui du dieu auquel l’objet est dédié.

La tradition de l’ex-voto, souvent en métal, comme une offrande faite au dieu pour demander ou remercier d’une grâce en réponse à un vœu s’est perpétuée dans le christianisme : nombre de lieux saints ont leurs murs couverts de telles offrandes.

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