Comment se protégeait-on des voleurs il y a 4000 ans ?

Le vol de biens était sévèrement puni en Mésopotamie ancienne, en particulier lorsqu’il s’agissait des biens du palais ou des temples. Dans ce cas-là, la peine de mort était requise comme le spécifie un article du Code de Hammurabi rédigé peu avant 1750 av. J.-C. : « Si un homme a volé le bien d’un dieu ou du palais, cet homme sera tué. Et celui qui a reçu dans ses mains le produit du vol sera tué. » (§6).

Les Lois d’Eshnunna (vallée de la Diyala), sans doute rédigées sous le règne de Dadusha (vers 1770), distinguaient le vol commis de jour de celui, plus grave, effectué de nuit : « Un homme qui est saisi dans la maison d’un simple particulier, à l’intérieur et au milieu de la journée, devra peser et payer 10 sicles d’argent (85g). Celui qui est saisi de nuit dans la maison devra mourir, il ne vivra pas. » (§13). Bien sûr fallait-il encore prendre le voleur en flagrant délit !

Les témoignages des archives privées montrent que cela était plutôt rare. Celles laissées par des marchands assyriens dans le comptoir de commerce de Kanesh, en Anatolie centrale, au 19e siècle av. J.-C., sont particulièrement loquaces sur le sujet. En effet, ces marchands veillaient à protéger au mieux les métaux, pierres et étoffes, objets de leur commerce, ainsi que leurs tablettes cunéiformes, prêts et actes de propriétés, ces documents représentant des sommes d’argent parfois importantes.

Souvent sur les routes, ces marchands laissaient leurs habitations aux bons soins de ceux et celles qui y habitaient, dont leurs épouses et filles. L’une d’elle écrivit : « La maison a été cambriolée alors que je me promenais à l’extérieur ». Ces femmes avaient pour tâche de garder la maison et les biens qu’elle renfermait. Un père réprimanda sa fille ainsi : « Pourquoi as-tu laissé des locataires vivre dans la maison pendant que tu es partie habiter avec un homme ? Si tu es ma fille, surveille la maison jusqu’à ce que nous revenions dans dix jours. » Un autre marchand demanda à son épouse : « Les tablettes que Nazi et Ilī-bāni t’apporteront et confieront à tes soins, places-les en lieu sûr là où tu dors ; gardes-les précieusement ! »

Parfois, la maison pouvait être confiée à la garde de collègues. C’est ainsi qu’un certain Assur-idi réussit à sauver sa peau et ses biens alors que des voleurs déterminés avaient pénétré dans la maison familiale d’Iddin-Assur dans la ville de Burushhattum, à l’ouest du Lac Salé : « Tu vis dans la maison de mon père, à Burušhattum. Mais des voleurs sont entrés dans la maison de mon père, et ont égorgé Al-bēlī et deux autres hommes qui se trouvaient là avec lui, et l’argent, le cuivre, l’étain et des textiles de grande valeur ont été emportés. Tu es sorti sain et sauf la maison de mon père, et tu as également emporté avec toi de nombreux biens en toute sécurité ! » Assur-idi prétendit avoir été protégé par les dieux.

Parfois, la maison était vide, et malgré de multiples protections, les biens étaient à la merci des voleurs ou de collègues mal intentionnés : « Pendant que ma femme et moi étions à Kanesh, toi, tu es allé à Durhumit (au nord de l’Anatolie centrale), et bien que je ne te doive rien, de ta propre autorité, tu es entré dans ma maison secondaire et tu as sorti deux coffres de tablettes scellés avec mon sceau et des objets domestiques. » L’auteur du vol se défendit devant témoins, expliquant qu’il avait simplement récupéré ses coffres qui avaient été volés trois ans auparavant par son accusateur dans la maison de son agent alors décédé. L’inventaire des deux coffres est intégralement décrit.

Afin de protéger leurs biens les plus précieux, marchandises et tablettes, les Assyriens consacraient souvent une pièce de leur maison pour les y ranger. Cette pièce ou cet espace était situé le plus loin possible de la porte d’entrée, et il fallait traverser plusieurs pièces avant d’y accéder. La porte donnant sur cette pièce était fermée par un loquet, scellé à l’aide d’un morceau d’argile sur lequel le propriétaire déroulait son sceau-cylindre. Lui seul, ainsi que les membres de sa famille, voire ses représentants, étaient habilités à briser le sceau, pénétrer dans la pièce, puis refermer la porte avec un nouveau scellement.

À l’intérieur de cette chambre forte, il pouvait y avoir un ou plusieurs coffres-forts, eux-mêmes munis d’une porte scellée. Les marchandises et tablettes y étaient conservées dans des sacs, jarres, paniers ou coffres, eux-mêmes scellés par une ou plusieurs personnes. Un marchand se plaignit auprès de collègues : « Quant à mon coffre-fort, vous avez brisé les sceaux de mes représentants et mes sceaux et vous avez mis les tablettes en désordre ! »

Dans leur coffre, panier ou jarre, les tablettes à valeur légale étaient chacune recouverte d’une enveloppe d’argile sur laquelle figurait un résumé de la transaction ainsi que les empreintes des sceaux des parties et des témoins. Ainsi, ces contrats bénéficiaient-ils d’une triple protection !


Un commentaire pour “Comment se protégeait-on des voleurs il y a 4000 ans ?”

  1. Edmond Philippe Répondre | Permalink

    Bonjour,

    Concernant les loquets d'argile "signés" d'un ou plusieurs sceau-cylindres, si je comprend bien, ils ne constituaient pas tant un verrou censé résister aux intrusions qu'une preuve que l'intrusion a bien eu lieu, le cas échéant ?

    Merci pour vos articles et pour ce blog que je découvre !

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