Les Chauve-souris d’Ukraine ne sont pas des armes biologiques

Voici quelques jours un propagandiste du Kremlin a accusé l’Ukraine, pays victime de l’agression de son Président V. Poutine, de concocter des armes biologiques. Ces assertions plus que mensongères se fondent sur une lecture partielle et partiale des attendus et premiers résultats d’un  programme de recherche international basé à Kharkiv visant à  identifier et localiser les bactéries et virus pathogènes dont les Chauve-souris de la région sont les hôtes (1).  

L’image suivante montre Vassily Nebenzia « ambassadeur de la Russie aux Nations Unis »  brandir le 10 mars dernier un feuillet d’une « preuve » de ce projet  d’ attaque biologique. 

L’ambassadeur de Russie le 10 mars 2022 au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Si la situation n’était aussi tragique et mortelle dans le beau pays d’Ukraine je  renverrais volontiers ce triste loufiat de son maitre   à Rabelais et son éloge du torche-cul.  Je préfère m’en tenir aux faits. 

En 2020, chercheurs allemands et ukrainiens ont lancé une collaboration pour identifier les parasites pathogènes présents chez les chauve-souris vampires d’Ukraine. Les captures de puces, tiques et mouches réservoirs de bactéries et virus de ces mammifères furent collectés dans le pays  et  transmises pour analyse approffondie dans des labos d’Allemagne. Ainsi l’ADN extrait de ces parasites ont permis d’identifier les formes pathogènes, en particulier Ricksettia, une bactérie commune des tiques. Les premiers résultats ont été présentés en 2021 au cours d’un congrès qui rassemblait des épidémologistes de tous pays, y compris la Russie. 

Aucune de ces recherches n’est sous le sceau du secret, bien au contraire, à l’opposé de ce que prétend le Président Russe qui évoque «  des douzaines de laboratoires en Ukraine qui expérimentent  sur les coronavirus, anthrax et choléras financés par le Pentagone » !

De fait l’Institut Vétérinaire de Kharkiv  fait partie d’un réseau plus vaste d’établissements de recherche qui reçoivent des fonds du département de la Défense des États-Unis (DOD) dans le cadre de son Programme de réduction des menaces biologiques (BTRP). Cet effort, qui date de plusieurs décennies, vise à sécuriser les vestiges de la recherche sur les armes biologiques, chimiques et nucléaires de l’ère soviétique en démantelant les laboratoires et en trouvant des solutions de rechange pour les scientifiques qui travaillaient sous la coupe des soviétiques. Démarré dans les années 2000, ce programme, qui comprenait des laboratoires russes jusqu’en 2014, s’est transformé en un effort de surveillance de la santé publique et des maladies dans l’ancienne Union soviétique, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé et les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis. Ce qui n’a rien à voir avec un soi-disant «  réseau de laboratoires financés par les États-Unis à la frontière russe » comme le prétend Poutine. .

A ce jour, depuis 2005, ce sont environ 200 millions de dollars qui ont été alloués aux scientifiques ukrainiens. Les laboratoires qui ont les liens les plus étroits avec le programme ont été ciblés dans le cadre de l’effort de désinformation de la Russie. Par exemple, des rapports russes décrivent la recherche sur le microbiome intestinal des vipères par Oleksandr Zinenko, herpétologiste à l’Université nationale V. N. Karazin Kharkiv qui a collaboré avec l’institut vétérinaire de Kharkiv dans le passé, comme de la « recherche sur les armes biologiques ». même si l’étude de la vipère était un projet indépendant. « Aucun des micro-organismes présents dans l’intestin d’une vipère n’est particulièrement dangereux », dit M. Zinenko.

Il ajoute qu’aucun de ses travaux sur les maladies des reptiles et des amphibiens n’est secret. « Tout est de l’information publique », dit-il, avec des rapports annuels et des affichages de conférence entièrement disponibles en ligne.

Pour le Professeur Vlaschenko, qui dirige le Centre ukrainien de réhabilitation des chauves-souris à Kharkiv, les efforts déployés pour transformer leur travail d’enquête en quelque chose de menaçant semblent risibles, mais ajoute-t-il « Seulement tant que Kharkiv reste entre les mains de l’Ukraine ». Il précise « Nous n’avons pas de tels laboratoires génétiques dont nous aurions besoin pour les armes biologiques. C’est très drôle d’entendre les Russes dire que nous faisons ce genre de recherche » 

Mais si la ville est occupée, et qu’il vienne à être capturé et torturé, il ignore s’il ne devra pas « collaborer »…

  1. https://www.science.org/content/article/russians-must-know-it-s-lie-ukrainian-bat-research-spun-false-tale-bioweapons?utm_source=sfmc&utm_medium=email&utm_campaign=DailyLatestNews&utm_content=alert&et_rid=715095945&et_cid=4156934

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