Les chiots et nous : une affaire de gènes

Tout juste nés, les chiots nous témoignent gratitude, comprennent nos gestes et obéissent à nos invites. En particulier lorsque nous pointons du doigt un objet quel qu’il soit, ils suivent l’invite et s’y intéressent. Ce sont des facteurs génétiques qui contrôlent près de la moitié de la variation des aptitudes sociales des chiens et facilitent leurs rapports avec les humains. Autrement dit, les chiens sont prédisposés génétiquement pour communique avec les humains (1).

L’arrivée d’un jeune chien dans une famille est un moment de bonheur partagé que l’on n’oublie pas : aux frétillements et jappements de l’invité s’ajoutent les rires et parfois les larmes des grands et petits ravis d’accueillir ce nouveau compagnon de jeu. Un cliché de 1955 qui fait recette sur le web en témoigne. 

Quelques secondes avant le bonheur (1955

 

Aux témoignages de gratitude s’ajoutent l’attention et la complicité du chiot tout juste arrivé à nos gestes et indications : sans éducation précédente, à peine lui montre-t-on du doigt un objet, un lieu de repos, une direction que le chiot manifeste son intérêt  pour le sujet. 

Ces qualités qui étonnent ont-elles des bases biologiques ? 

Pour répondre à la question un groupe de chercheurs de l’Université de Californie a  étudié le comportement et les réactions de très jeunes chiots. Ils ont observé et noté les réactions de 375 sujets âgés en moyenne de huit semaines, dans une série d’expérience pour tester leurs capacités de réaction et leurs aptitudes cognitives. Au final la question est : ces qualités ont-elles des bases génétiques ?    

Un chiot répond à une indication de direction (Labo de l’Université de Californie (réf. 1)

 

Quatre types d’expérience ont été réalisées. 

Dans les deux premières on a testé la capacité des chiots à comprendre les gestes des humains. Hors de leur vue on place une croquette sous l’une des coupelles qui leur seront présentées. Puis, soit on désigne du doigt celle où se cache la récompense, soit on montre au chiot un cube jaune placé devant la coupelle garnie. 

Le résultat est que le bon choix est fait dans   67% des essais alors que si ce n’était que par chance, les réussites seraient de 50%. 

Une troisième expérience permet d’évaluer la propension des chiots à prêter attention au visage d’un humain qui l’interpelle sur un ton haut-perché imitant un enfant et en le fixant. On constate alors qu’en six secondes le chiot répond à l’invite alors que les chiens adultes sont plus rapides : avec l’âge la réponse d’un chien à ce type de suggestion s’améliore. 

Le quatrième test est qualifiée de « tâche insoluble » : les récompenses sont d’accès de plus en plus difficiles, voire impossibles. Le but est de voir si le chiot va quémander une aide auprès de l’expérimentateur, comme cela se passe pour un chien adulte. L’expérience montre que la recherche d‘une aide n’est pas innée, mais s’acquiert peu à peu, à mesure que les chiens apprennent à interagir avec les humains.  

https://www.cell.com/cms/10.1016/j.cub.2021.04.055/attachment/b2621763-8001-44aa-8f14-7be0e001f7a6/mmc3.mp4

Cette propension et cette précocité à suivre les invites d’un humain est exceptionnelle dans le règne animal : aucun autre animal y compris les chimpanzés nos plus proches cousins ne montrent de telles aptitudes. Et le groupe de chercheurs impliqué dans ces études soutiennent que ces prouesses de la cognition canine sont aussi génétiques, ou héréditaires, que ne l’est l’intelligence humaine. "Tout cela suggère que les chiens sont biologiquement préparés pour communiquer avec les humains » Sous-entendu cette qualité des jeunes chiens à échanger avec les humains a été sélectionnée au cours du processus de domestication de celui qui est devenu notre compagnon le plus proche. Au pont que nombre d’entre eux participent à notre légende : Argos pour Ulysse, les Louves de Rome, Croc-Blanc de Jack London et Milou pour Tintin, sans oublier Idéfix.

Mais insistons sur un point : pour s’adresser à un chiot avec succès il convient d’adopter le même ton et les mêmes paroles que l’on use pour attirer l’attention d’un nouveau-né : gouzi-gouzi par ci, gouzi- gouzi par là, bis et même ter. Voire plus, jusqu’à extinctions des pleurs et jappements suivant l’espèce concernée..

(1) Bray et al., 2021, Early-emerging and highly heritable sensitivity to human communication in dogs . Current Biology 31, 1–5 July 26, 2021 a 2021 Elsevier Inc. https://doi.org/10.1016/j.cub.2021.04.055

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