Se muscler en dormant

Les écureuils arctiques  d’Alaska donnent la recette de la musculation passive. En hiver, au fond d’une cachette, ils dorment à pattes fermées. Pour autant, dès le printemps, tout en muscle comme si de rien n’était, ils bondissent hors de leurs terriers et enchantent de leurs cabrioles et de leur joie de vivre recouvrée en un claquement de dent. C’est grâce à tout un cortège de microbes intestinaux : des bactéries contribuent à recycler les déchets nitrés stockés dans leur sommeil, en particulier l’urée,  pour  fournir aux muscles les éléments nourriciers nitrogènes  nécessaires à leur sauvegarde (1). 

Chez les humains et tous les autres mammifères, l’inactivité physique  est synonyme  d’atrophie musculaire rapide : dix jours de lit entrainent une perte musculaire de plus de 14 %. 

Les écureuils terrestres arctiques, Urocitellus parryi,  qui hivernent au fond de leurs cachettes plusieurs mois ne souffrent pas de cette dégénérescence musculaire. 

De longue date on avait observé que ces petits animaux au sortir de cette longue période de léthargie hivernale, à peine sur le seuil de leur lieu de séjour, s’en évadaient bon pied , bon oeil, pour en premier courir le guilledou et cavaler dans les prairies verdoyantes et fleuries du printemps comme des jouvenceaux assoiffés d’aventure et de plaisir.

Ecureuil arctique en été et en hiver photo Robert Streiffer.

On se doutait que leur organisme avait trouvé un moyen de recycler l’urée, ce déchet azoté que la fonction rénale évacue et stocke au quotidien. 

 C’est en traçant grâce à des marqueurs l’itinéraire de ces déchets nitrés (isotope stable N15), que des chercheurs ont levé le voile sur cette question qui frise le paradoxe : comment réinjecter dans l’organisme et son système intestinal des nutriments nitrés stockés par le système rénal ? 

C’est par la ruse qu’ils sont parvenus à leurs fins : en faisant absorber des antibiotiques à ces dormeurs du Nord, ils ont affaibli leur flore intestinale. Dès lors ils se sont aperçus que les pauvres bêtes devenaient incapables de recycler suffisamment d’urée pour assurer le maintien de la masse musculaire transmise par voie hépatique. 

Cette expérimentation sur une qualité de la vie sauvage jusqu’ici inexpliquée ouvre des perspectives qui pourraient soulager notre quotidien. Bien sûr nous n’hibernons pas. Mais il est des circonstances où il y a détérioration de notre masse musculaire : au cours du vieillissement, d’une période de maladie qui contraint un patient à rester au lit, et aussi chez les astronautes lors de longs séjours en apesanteur. En étudiant de près la stratégie dont usent les écureuils arctiques pour recycler l’urée, on peut espérer trouver comment doper notre flore intestinale afin qu’elle soit capable de régénérer par des voies parallèles notre masse musculaire dans des circonstances d’inactivité forcée préjudiciables à son maintien. 

Nul doute que si une telle thérapeutique voyait le jour, ses promoteurs nous la serviraient à l’envie dans tous les médias. Je leur propose un slogan à apposer sur ses produits dérivés : long vive to SBB = Sleeping Body Building !

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(1) Rice, S.A., Ten Have, G.A.M., Reisz, J.A. et al. Nitrogen recycling buffers against ammonia toxicity from skeletal muscle breakdown in hibernating arctic ground squirrels. Nat Metab 2, 1459–1471 (2020). https://doi.org/10.1038/s42255-020-00312-4

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