Intelligence mécanique : de quoi parle-t-on ?

Nous parlons de l'intelligence des machines, celle de l'informatique

«L'informatique s'incarne dans des machines (ordinateurs, smartphones, puces électroniques enfouies dans les objets du quotidien).
L'homme s'est d'abord fabriqué des outils, c'est à dire des objets avec un algorithme pour s'en servir.
Puis sont venues les machines, c'est à dire des outils qui utilisent une force autre que celle de l'ouvrier et qui peuvent exécuter de manière autonome certaines opérations. La machine a été dotée d'un programme.
Mais ce qui manque encore et distingue radicalement la machine de nos ordinateurs c'est la possibilité pour la machine de voir se modifier son propre programme, donc de devenir une machine universelle.

Et il s'avère alors que la capacité de calcul de toutes les machines universelles programmables sont équivalentes, l'intelligence mécanique est comprise et maîtrisée.»

Maurice Nivat http://interstices.info/outils-machines-informatique

Et dans ce monde devenu numérique où nous sommes entourés de machines qui «calculent fabuleusement vite et de manière fabuleusement exactes, mais sont totalement dénuées de pensée» il est probablement très important de bien comprendre cette forme d'intelligence qui n'est pas biologique.

C'est l'objectif de ce blog : co-construire ensemble une culture scientifique liées à la science informatique («computer science») pour maîtriser ce monde numérique qui nous entour sans le subir ni se limiter à le consommer.

 

 


10 commentaires pour “Intelligence mécanique : de quoi parle-t-on ?”

  1. Manguy Répondre | Permalink

    Bonjour.

    Votre question est donc : « Quelle part et quelle forme d'intelligence émerge ici, en comparaison avec l'intelligence animale ou humaine ? » Alan Türing avait proposé un test disant que « toute activité qui, commise par un humain, serait dite intelligente doit être considérée comme telle si elle est effectuée par une machine - et a fortiori par un animal. »
    On peut préférer raisonner autrement et dire : toute activité commise par un humain ne peut plus être considérée comme intelligente si elle est effectuée aussi par une machine ou par un animal. Je considère en effet que puisque l’homme est le seul être a posséder une capacité de découverte et de connaissance rendue évidente par les artefacts qu’il en a tirés (des livres aux centrales nucléaires en passant par les engins spatiaux), alors c’est que son intelligence est autre chose que ce que – pour l’instant – les animaux et les machines sont capables de mettre en œuvre. C’est pourquoi je tiens que résoudre des problèmes (ce que sont capables de faire certains animaux et certaines machines) n’a rien à voir avec l’intelligence et qu’il faut voir celle-ci bien en amont de la résolution de problèmes. Je la vois dans la capacité de se poser des questions. Bien sûr, en tenant cette position il ne faudra pas aller jusqu’à nier que cette capacité ne sera plus une activité intelligente le jour où on aura démontré qu’un animal ou une machine en est capable. Ce jour-là, on pourra seulement la reconnaître enfin à l’animal ou à la machine. Mais pas avant.
    On me répondra que les chercheurs en intelligence artificielle – et en vie artificielle – « ne cherchent pas à obtenir des réponses à des questions mais le couplage à des situations et à des systèmes. Ces systèmes complexes dits adaptatifs fonctionnent par essais et par erreurs, et sont toujours dans la position de se demander : comment faire pour que... » (Jean-Michel Besnier dans une correspondance privée). Mais pour moi ça ne fait aucune différence. Parler de « couplage à des situations et à des systèmes » c’est équivalent à chercher des réponses à des questions. Ce n’est pas du questionnement gratuit. Si ces systèmes sont « adaptatifs » et fonctionnent par essais et par erreurs, c’est bien qu’ils sont dans la situation d’avoir à résoudre des problèmes. Mais se demander si l’univers à été créé ou s’il a existé de toute éternité, s’il est infini ou limité, s’il connaîtra une fin ou non, s’il existe d’autres vies dans l’univers, pourquoi les pommes tombent ou pourquoi le ciel est bleu, etc., ça n’est adaptatif à rien du tout et ça ne cherche à résoudre aucun problème, qu’il soit de survie ou autre. Certes, cette faculté de se poser des questions « gratuites » nous a été donnée par notre évolution, mais ce n’est pas elle qui a été sélectionnée car elle ne pouvait avoir aucune utilité en termes de survie. Elle est venue « en plus ». Si le robot martien Curiosity s’arrête un jour en plein travail et se demande tout à coup : « mais… pourquoi est-ce que je fais ça ? », il aura fait un énorme progrès et je serai prêt à lui reconnaître l’intelligence. En même temps que la conscience, d’ailleurs.

    • Thierry Vieville Répondre | Permalink

      Bonsoir,
      Merci de votre belle réponse qui développe effectivement les thèmes et questions que je souhaiterais aborder en dialogue avec les personnes intéressées.
      Sans surprise pour vous, je développerai effectivement au fil des brèves la thèse, comme vous le présentez ici, qu'il est préférable de ne pas "croire" que de l'«intelligence mécanique» des ordinateurs et autres calculateurs équivalents à une machine de Turing émergera "un jour" une intelligence au sens où nous l'attribuons aux humain-e-s.
      Je proposerai un argument de complexité et un argument de réfutabilité.
      Notez que je ne parle jamais d'intelligence artificielle, le terme est trop rattaché au mythe de "pinnochio" (qui présuppose que l'intelligence peut prendre "vie" dans une machine, au secours Docteur Freud, les garçons seraient ils tant frustrés que cela de ne pouvoir enfanter ? [c'est une boutade]).
      à suivre . .
      Bien Cordialement

  2. janpol Répondre | Permalink

    Bonjour Thierry.
    Je rejoins votre billet après celui de JP Delahaye car le contenu intellectuel me semble très proche ! Je m'explique.
    Le billet de JPD fait référence à la complexité traitée, entre autre, par Kolmogorov et à la réflexion d'Aristote : le TOUT est PLUS que les parties. Justement, nous pouvons distinguer entre une intelligence artificielle (mécanique) capable d'enchainer des algorithmes pour aboutir au TOUT ET une intelligence naturelle (biologique) qui aboutit au même résultat dans le plus petit espace-temps (avec le minimum de moyens).
    Je confirme ici que même "les machines qui calculent fabuleusement vite et de manière fabuleusement exacte" ne peuvent rivaliser avec un système biologique spécialisé, même si l'écart est très faible, voire négligeable .... il existe !
    A titre d'exemple : demandez à une machine artificielle de tracer un segment de longueur exacte V2 (racine de 2) cm !
    D'où la distinction fondamentale entre "complexité" et "symplectique"

  3. Thierry Vieville Répondre | Permalink

    Bonsoir «Janpol»,
    Tout d'abord : oh OUI : si il est un blog donc la lecture va nous régaler c'est bien celui de Jean-Paul ! https://scilogs.fr/complexites
    Je vais plutôt traiter de choses plus simplistes, avec l'idée d'essayer de partager ces petits bouts de science avec le plus grand nombre, il faudra sûrement m'aider.
    Si il fallait décrire la complexité du vivant avec les grandes idées des sciences informatiques que Jean-Paul popularise, il faudrait probablement invoquer la profondeur logique de Bennett, au delà de la complexité algorithmique de Kolmogorov, Jean-Paul en parle ici http://interstices.info/information
    Nous en reparlerons sûrement . .
    Bien Cordialement

  4. janpol Répondre | Permalink

    Oui, bien sûr .... Bennett, théorie de la complexité, Kolmogorov sont des références descriptives en matière d'intelligence artificielle.
    Ce que je voulais souligner, c'est l'incompatibilité fondamentale avec l'intelligence biologique (voir mon exemple). Cette incompatibilité se traduit dans de nombreux domaines par des questions .... sans réponse. La revue publie régulièrement des articles sur ces questions (que contiennent les quarks ? continuité ou non ?, ...)
    La solution ne peut pas être numérique (voir mon exemple). D'ailleurs j'ai écrit un traité sur les nombres complets qui distingue et propose un mode de gestion des ensembles de nombres.
    Alors ... intelligence artificielle ? Oui, mais pas que .
    L'intelligence artificielle pourra-t-elle un jour publier sur ce blog en tapant correctement les deux mots ? Vous êtes sûr ?

    Continuité ? Quantité ?

  5. HFD Répondre | Permalink

    A titre personnel, ce qui me choque le plus est la formation de nos élites soit disant intelligentes qui, en prépa si elles veulent réussir, se doivent d’admettre, de mémoriser, et d’appliquer ce qu’on leur enseigne en se posant le minimum de questions. Le but n’étant pas de comprendre ce qui y est enseigné : comment croire qu’un cerveau, même brillant ait la possibilité de comprendre en quelques secondes ce que les plus grands cerveaux de tous les temps ont mis des années voire des décennies à comprendre, et comment croire que si elles passent plusieurs heures, voire plusieurs jours à comprendre ce qu’on leur enseigne, elles ne se feront pas battre aux concours par ceux qui se seront contenté d’apprendre que tel exercice se résout comme l’exercice 2 de la page 23 et tel autre comme l’exercice 8 de la page 52. Or ce type d’apprentissage forme nos futures élites à faire, en moins bien, ce qu’est capable de faire n’importe quel ordinateur dépourvu d’intelligence, et ne les forme aucunement à comprendre l’information qu’elles reçoivent afin d’être à même de l’adapter à la résolution d’un problème inédit. Sans cette modification de l’apprentissage, nos polytechniciens et autres seront d’excellents exécutants, mais ne seront en aucun cas à même de prendre des décisions pertinentes dans un monde tel que le notre en constante évolution. Aussi, s’il est important d’améliorer l’apprentissage en primaire et au collège, il l’est tout autant de changer de paradigme quant à la formation de nos élites, afin de les rendre apte à résoudre les problèmes inédits qui se succèdent, et qui n’ont que peu de rapport avec les problèmes rencontrés dans le passé, lorsqu’on a en charge d’améliorer les conditions de vie de l’humanité.

    • Thierry Vieville Répondre | Permalink

      Bonjour,
      Ô comme il est aisé d'être d'accord avec vous à ce sujet.
      Pour ce qui est du sujet de ce blog l'enseignement des l'«Informatique et des Sciences du Numérique» les collègues du monde de la recherche et de l'enseignement supérieur qui se sont investis pour que ces élites se forment aux sciences du . .21e siècle ont remporté uen belle victoire sur l'intertie des choses. Les sciences informatique vont à partir de la rentrée 2013 être enseignée à tous les futur-e-s ingénieur-e-s et pas uniquement en option.
      Notez aussi que apprendre l'informatique permet de sortir du carcan scolaire que vous mentionnez. Plusieurs raisons expliquent cet effet levier :
      - L'informatique conduit à un apprentissage de la rigueur par un mécanisme spécifique : celui des essais-erreurs avec une machine « neutre » qui ne donnera un résultat satisfaisant que si tout est correct, mais qui donnera indéfiniment une chance de corriger, de reprendre, de re-tester (la machine est un outil qui permet d'apprendre de manière incrémentale, sans jamais porter de jugement de valeur). L'ordinateur ne juge pas.
      - L'informatique se prête à une pédagogie participative, avec un enseignement par mini-projets qui peut être moins magistral, plus orienté vers le travail en groupe. Apprendre à programmer un petit logiciel, c'est donner à l'élève des clés, mais aussi la liberté de s'approprier ces clés et de les mettre en pratique de manière diverse (il y a plusieurs possibles dans la manière de mettre en oeuvre la solution). C'est aussi une sorte de pâte à modeler les abstractions.
      - L'informatique favorise l'apprentissage par l'utilisation, ce qui correspond bien à l'esprit humain (ex : découvrir un algorithme avant d'en abstraire la notion sous-jacente), et peut ouvrir des portes à quelqu'un rebuté par une approche plus académique. C'est un objet que l'on s'est pré-approprié. On peut à travers un exemple logiciel naviguer entre un exemple illustratif et un un concept plus général. En fait, la pensée informatique se relie facilement à notre façon de penser au quotidien.
      Le livre «Enseigner l'Informatique» de Hartmann et al développe ces aspects https://wiki.inria.fr/sciencinfolycee/Enseigner_l%27informatique_%28Hartmann%29

  6. janpol Répondre | Permalink

    CQFD. Ma dernière question fut ... sans réponse.
    Mais, à partir de l'instant où nous avons compris l'incompatibilité, il convient de la rendre ... compatible. Il ne s'agit pas de choisir entre l'une OU l'autre, exclusivement, mais bien de les considérer alternativement.
    Le rôle de l'intelligence biologique est bien de "décider", celui de l'intelligence mécanique de "proposer des choix".

    Faire le bon choix ... est un autre problème. Au delà d'un aspect biologique, matérialiste, il faut adjoindre un aspect psychique, spirituel, immatériel. Nous rejoignons là d'autres billets sur ce blog.

    Eh oui ! Tout est lié. Loi n°1 de la théorie de la variabilité : "il n' y a pas de système isolé"

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