Pourquoi est-il préférable de ne pas amalgamer intelligence mécanique et biologique ?

    Suite aux dialogues avec les co-contributeurs de ce blog,
je tente ici de collecter quelques éléments à propos  de cette question.

[Quelques faits pour mieux piger]

Le cerveau est tout sauf un calculateur mécanique tel que nous les avons conçus.

Ce qui est scientifiquement très intéressant, c'est que cerveau et machines numériques ne sont pas des systèmes similaires, bien au contraire : tout les distingue.

Par rapport à un processeur, le cerveau est une machine très lente mais prodigieusement complexe, dont les calculs sont totalement distribués, les interconnections énormes, et qui tolère et même profite des aléas de calcul. De plus le cerveau code son information essentiellement sous forme d'assemblées d'impulsions temporelles. Le cerveau est le système naturel le plus complexe qu'il nous soit donné d'étudier, et peut-être le plus grand défi scientifique du 21ème siècle.

Contrairement à l'organisation de la mémoire d'un ordinateur, notre cerveau est structuré en zones, on parle de cartes, qui sont spécialisées dans le traitement d'un élément précis d'information : par exemple la couleur, contours ou mouvements de l'image observée. Au delà des informations visuelles, il y a des zones spécialisées dans les informations auditives, et des zones dites associatives qui construisent des représentations combinant les différentes informations sensorielles et motrices. Et la connaissance de cette géographie est le premier pas vers la compréhension des fonctions cognitives.

Au plus de cette rupture en terme de complexité entre cerveau et machines, le cerveau est le siège d'une intelligence incarnée, c'est à dire en interaction sensorielle et motrice permanente avec son environnement et son propre organisme. La représentation de l'information est complètement dépendante de ce corps et de cet environnement. On sait par exemple qu'il n'y a pas de traitement de l'information (de pensée donc, pour un système biologique) sans émotions, qui sont elle-mêmes directement en lien avec notre corps incarné, et qui sont des facteurs majeurs de nos décisions.

Notre intelligence est formidablement adaptative pour tout ce qui concerne les interactions entre notre corps et son environnement, car cela fait plusieurs millions d'années qu'elle s' « entraîne ». Plus exactement, les données dont nous disposons montrent que les mutations génétiques on conduit au fil de l'évolution à la survie des processus les plus adapatés, donc à l'émergence de cette intelligence héréditaire, qui s'est transportée d'une sorte d'animal à une autre. Notre cerveau se retrouve ainsi doté de fonctions très sophistiquées qui ont permis la survie. Il est d'ailleurs stupéfiant de voir comment le cerveau reste stable au fil de l'évolution des espèces.

Pour ce qui est de l'intelligence rationnelle, par exemple la capacité de faire des maths, il s'avère que notre cerveau a détourné d'autres fonctions cognitives à cette fin. Et l'étude de la façon dont notre cerveau effectue ces tâches intellectuelle est un sujet de recherche actuel.

En savoir plus :

  •   Le cerveau à tous les niveaux : http://lecerveau.mcgill.ca
  •   La Bosse des Maths : Quinze ans après (Dehaene et al 2010) & Les neurones de la lecture (Dehaene et al 2007)  Odile Jacob, Paris
  •   Le cerveau est-il un bon modèle de réseaux de neurones ? (Cessac et al 2007) http://interstices.info/cerveau
cerveau robot

Illustrations d'après http://interstices.info

Voici un résumé de ces différences en terme d'architecture :

complexité Avec de l'ordre de 100 milliards de neurones connectés à plus de 10000 autres à travers des synapses, chaque connection étant portée par des molécules bio-chimiques de grande complexité, c'est plus de 1018 bits d'information intégrées dans un unique cerveau, donc de l'ordre de grandeur de la
mémoire des années 2000 de tous les ordinateurs du monde.
parallélisme Alors qu'un système numérique calcule essentiellement séquentiellement, et qu'un système numérique usuel ne possède que quelques processeurs en parallèle, les 100 milliards de neurones du cerveau calculent massivement en parallèle.
vitesse Tandis qu'un processeur effectue quelques milliards d'opération par seconde, chaque neurone n'en effectue qu'une dizaine par seconde.
exactitude Tandis qu'un processeur, hors panne, ne fait jamais d'erreur, ou plutôt que si une erreur survient alors les systèmes numériques usuels se retrouvent hors servicie, le cerveau fait constamment des errours, upps des erraurs, enfin vous m'avez compris. Cet aléa dans les processus et même un richesse en terme de traitement de l'information car il permet aussi d'explorer l'innattendu.
codage Tandis qu'un processeur code l'information sous forme d'éléments binaires, les bits, le système nerveux code l'information sous forme de «potentiel d'actions» en fait d'impulsion de temps: le cerveau est une machine à calculer des instants plutôt que des valeurs numériques.

 

[Une réponse à la question posée]

Mais quel intérêt alors de relier sciences informatique et neurosciences ?

C'est dans la confrontation des deux classes de systèmes en non leur amalgame, que nous apprenons des choses profondes sur les deux.

Car la démarche scientifique est de construire des modèles de système puis de les refuter (on dit aussi “falsifier” en franglais) c'est à dire de les confronter aux données relevées, pour voir dans quelle mesure ils sont inexacts. C'est lorsqu'il y a de telles ruptures que le travail scientifique peut continuer pour améliorer le modèle jusqu'à la confrontation suivante avec la réalité. Une théorie sans cette confrontation n'est ni vraie ni fausse, juste . . une théorie sans intérêt scientifique. Une théorie confrontée à la réalité n'est jamais définitivement exacte, juste pas encore réfutée, on dit que c'est une «thèse», et tant qu'elle “tient” on peut avancer.

Les sciences informatiques sont basées sur une telle thèse qui tient depuis presque un siècle: on pense que tout ce qu'une machine -quelle qu'elle soit- peut calculer se réduit à un algorithme. C'est la thèse de Church et Turing et les neurosciences computationnelles se résument à penser que le cerveau n'est pas plus qu'une machine, juste une machine prodigieusement complexe. C'est une hypothèse de travail, réfutable, donc scientifiquement intéressante. Supposer cela a permis de commencer à comprendre profondément certains aspects du cerveau. Ou pas, parfois. Mais ces réponses négatives sont évidemment tout aussi précieuses.
Et puis, cela tiendra jusqu'à ce que le jeune esprit d'une future ou d'un futur scientifique bouleverse cette vision et propose une plus fructueuse idée…

L'intelligence mécanique a-t-elle alors ses chances devant la biologique ?

À la lumière de ce qui précède on voit que ce n'est pas une question scientifique. Si on dit «un jour les robots seront aussi intelligents que les humains » pourquoi pas, mais cette affirmation ne sera jamais fausse. On ne prend pas de risque à affirmer cela, il suffira de … proposer d'attendre un peu plus ! Moi je préfère prendre le risque d'affirmer «non, on ne pourra jamais faire d'intelligence mécanique identique à une intelligence biologique » : voilà une hypothèse réfutable et intéressante à réfuter, car cela fait avancer notre connaissance du cerveau et des machines algorithmiques.
On sait aussi que cette question est mal posée. Nous connaissons le « test de Turing » où un humain dialogue en langage naturel avec une machine, le test étant de savoir il arrive à faire la différence avec le fait de dialoguer avec un autre humain. Il y a deux soucis ici.

- Le premier c'est que il ne faut pas confondre reproduire (dans ses mécanismes internes) un processus cognitif et le fait de le simuler. Par exemple, les logiciels d'échecs battent les plus brillants joueurs humains, mais cela ne les empêchent pas de jouer aux échecs comme des abrutis finis ! Ils calculent juste prodigieusement plus vite sur des jeux de données prodigieusement large. De même, le 16 février 2011, Watson, le superordinateur conçu par IBM remporte deux des trois manches du jeu télévisé Jeopardy en battant largement ses deux concurrents humains en gains cumulés, par des méthodes de traitement de données très puissants mais aveugles.

- Le second soucis, c'est que le test de Turing n'est pas très discriminant. Souvenons-nous de ces merveilleux dialogues d'une insondable profondeur entre vrais humains du genre « oh : salut ! ça va ? » « ouais ; et toi : ça va ? » « ah ouais, merci, et toi la matelas  » «ah ah ah » … Qui peut prétendre à l'ère où nous pouvons manipuler des données gigantesques que les dialogues convenus du quotidien et les échanges de lieux communs ne sont pas mécanisables ? Mais est-ce vraiment de l'intelligence ?

Ce serait plutôt la réalisation de tâches incarnées ou d'interactions in-situ qui seraient les vrais leviers d'une telle validation. Joli défi auquel une équipe Inria https://team.inria.fr/mnemosyne/fr se propose de s'attaquer.

[Et une opinion plus personnelle sur la question]

Mais pourquoi serait-on enclin à faire l'amalgame entre intelligence mécanique et biologique ?

Il me semble que c'est un mythe récurrent. On l'observe dans des livres de science-fiction, dans la fable de Pinocchio ou la marionnette prend vie, ou dans le mythe du golem, qui devenir une créature que nous pourrons (ou pas) contrôler, voir de la créature de Frankeinstein.

Au niveau sensoriel, il est clair qu'un objet avec un mouvement complexe est facilement perçu par le cerveau comme un objet animé, d'un mouvement intentionnel. Cette hallucination est un « faux positif » (et entre la détection d'un prédateur et celle d'une illusion de prédateur, il est préférable pour la survie de détecter des faux positifs que un fatal faux négatif . . ).

Nous savons aussi que nous sommes capable de nous investir affectivement dans un objet mécanique (par exemple des poussins qui font leur empreinte affective sur . . les bottes de l'anthropologue Konrad Lorenz) ou de personnifier un animal de compagnie. Personnifier une mécanique anthropomorphique qui aurait un mécanisme susceptible de générer des faux positifs

Georg Groddeck propose une interprétation lié au complexe (masculin, en l'occurence) de ne pouvoir donner la vie, qui nous conduirait à (en simplifiant son explication) à chercher à donner la vie à un objet inanimé. Notez que cette explication psychanalitique est intéressante mais n'est pas scientifique (puisqu'elle n'est pas réfutable).

Ainsi quand quelqu'un utilise la belle oeuvre littétaire de Isaac Azimov nous alerte sur les besoins de poser les lois fondamentales de l'éthique robotique, il utilise une astuce réthorique bien établie : attirer notre attention sur un problème fort important (ne pas se laisser dominer par les robots intelligents) pour glisser sous le tapis un fait non établi (ben . . quels robots intelligents?). C'est un procédé de « moisissure réthorique » assez courant de travestissement.

Et ce n'est pas le seul "fantasme" à propos du numérique, en voici un bien gratiné ici : « l’immortalité est prévue pour 2045 ».

  • Essais sur le comportement animal et humain : Les leçons de l'évolution de la théorie du comportement, (Lorenz 1970), Le Seuil, Paris.
  • Le livre du ça (Groddeck 1923, fr 1963), Gallimard Paris.

Cette erreur épistémologique peut-elle avoir une conséquence néfaste ?

Oui : de nous détourner de questions effectives.

D'une part, cela peut nous induire en erreur au niveau éthique : si un drone, un robot ou un algorithme commet un acte criminel comme de tuer en violant le droit international ou de révéler une information privée qui peut détruire au sens propre ou figuré une vie, le coupable est forcément l'intelligence humaine qui est à l'origine de cet acte.

Surtout, ne nous laissons pas entraîner à discuter de problèmes de science-fiction, il est des problèmes réels liés au déploiment massif de ces technologies numérique qui doivent concentrer toute notre attention.


18 commentaires pour “Pourquoi est-il préférable de ne pas amalgamer intelligence mécanique et biologique ?”

  1. david statucki Répondre | Permalink

    Très beau sujet, peut-être dans votre résumé des différences d'architecture biologique et mécanique il faudrait aussi ajouter à mon avis la capacité mémorielle.
    Je pense également que les systèmes ou modules d'intelligence artificielle bio-inspirés en cours de développement nous laissent présager des surprises (je le souhaite) sans pour autant sombrer dans l'effet opposé purement spéculatif et sans fondement scientifique. Qu'en est-il d'ailleurs de l'évolution du rapport entre machine et homme lorsque celle-ci présente des fonctionnalités toujours plus évoluées compatibles avec l'idée de rupture ou de saut technologique (telles qu'on peut les observer par exemple en comparant l'interface traditionnelle du clavier-souris avec la tablette tactile). Nos comportements ne sont-ils pas également influencés et adaptés selon les conditions définies par cette nouvelle inter-dépendance?
    En tout cas bravo pour cette présentation

  2. Thierry Vieville Répondre | Permalink

    Bonsoir,

    Oui la capacité mémorielle biologique que nous savons se décomposer en mémoire épisodique des événements vécus, mémoire procédurale des interactions visuo-motrices et mémoire plus sémantique (pour rester dans un cadre simple) tranche avec la mémoire informatique (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Mémoire). C'est un sujet d'une telle ampleur que je n'ai juste pas osé l'aborder.

    Dans votre propos, vous soulevez effectivement deux questions:
    - celle de l'intelligence mécanique bio-inspirée, qui a effectivement besoin de faire le tri entre vraies et fausses bonne idée, mais reste une piste de recherche qui a de beux succès, souvent sur les problèmes "mous" qui se modélisent mals et donc se traitent mieux par des approches heuristiques;
    - et surtout OUI la question «duale» que je ne traite pas ici, de comment le monde numérique va changer notre cognition et notre façon de penser.
    L'article de Jeannette Wing, sans solder cette question qui encore trop peu explorée aujourd'hui, offrequand même des pistes de réflexions http://interstices.info/pensee-informatique

    merci de la gentillesse et surtout du grand intérêt de votre commentaire.

  3. janpol Répondre | Permalink

    Bravo ! Nous avons maintenant les deux éléments nécessaires pour conduire la réflexion (biologique) optimale. L'évolution (au sens large) de l'Homme passe par une confrontation de ces deux éléments : la pensée versus le calcul.
    .... avec les deux contraintes accouplées : considérons-nous TOUS les paramètres impliqués ET les paramètres influant sur le calcul sont-ils TOUS quantifiables ?

    Pour l'intelligence biologique, il s'agit bien d'éliminer les "aléas", impondérables issus de la connaissance irrationnelle.
    Pour l'intelligence artificielle, il s'agit de terminer des "boucles" infinies, issues de la non-quantification des nombres dits "réèls".

    Dans tous les cas, il faut "décider" et donc "imposer" une règle de "finitude".

    Tout est donc dans la décidabilité, qui appartient envers et contre tout à l'intelligence biologique. Il nous faut donc, jeter à la poubelle Gödel et ses disciples, puis élaborer une table logique .... et appliquer le théorème fondamental de complétude (moi-même) qui dit :
    Toute théorie* comportant une lacune (incomplète) est complétable par une proposition cohérente (adaptée, fonctionnelle, inversible) qui sera VRAIE jusqu’à preuve du contraire.

    La démonstration est triviale.

    Tout est alors dans "la proposition cohérente" ! Exemple : la démonstration de Wiles n'est pas une proposition cohérente adaptée à la démonstration de la conjecture de Fermat ! Prouvons le contraire !

  4. Thierry Vieville Répondre | Permalink

    Bonjour,
    Je vais réfléchir à ces éléments, peut-être orienter ma contribution de la semaine prochaine dans cette direction . .
    Bonne Journée.

  5. janpol Répondre | Permalink

    Bonjour Thierry
    Ce serait un grand honneur pour moi de pouvoir influencer votre réflexion. En effet, notre monde technologique doit trouver sa voie entre une base naturelle et une autre artificielle. Dans tous les domaines cet "affrontement" devient crucial. Pour améliorer ses performances l'Homme a nécessairement recours à des "artifices". Quels sont ceux autorisés ? Dopage ? Pesticides ? OGM ? Farines animales ? Forages ? ......
    Cette réflexion est cruciale .... pour notre avenir. Et nous savons bien qu'il ne peut pas y avoir de certitudes absolues : risque zéro ? Principe de précaution ? Alors ?

    Sans vouloir imposer quoi que ce soit, je précise tout de même que le théorème de complétude cité plus haut est l'outil logique naturel le plus utilisé dans l'Histoire du Monde, sans lequel il est impossible de "décider" ..... et aucun artifice ne peut le remplacer vraiment. Certes, les restes de Young ou Lagrange permettent de mieux cerner les solutions polynomiales ; les plages d'incertitude permettent d'englober une réalité évènementielle ; le degré de cohérence d'une proposition permet d'affirmer que le suspect a commis tel crime ; les stocks de données permettent d'affiner les statistiques prévisionnelles ...... mais rien ne vaudra jamais une solution exacte, une réalité factuelle, une preuve irréfutable ou la déduction inéluctable !
    Aussi, il faudra nous orienter vers une géométrie morphologique (naturelle) plutôt qu'artificielle ... si nous voulons cesser de "jouer", au grand dam de notre ami JPD me semble-t-il !
    J'attends votre prochain billet pour suivre le cheminement de votre réflexion sur ce terrain fondamental .... et peut-être mieux comprendre dans quel monde nous avançons.
    Notre charte ? L'intelligence artificielle, aussi fine et technologique soit-elle doit être au service de l'intelligence naturelle et ne jamais déborder sur le rôle décisionnel, exclusivement réservé à l'intelligence naturelle. Comme nous le savons trop bien, les problèmes sont TOUJOURS à la limite !

  6. Splatch Répondre | Permalink

    @Janpol T'en as trop pris .. peut être.. Il t'en reste ?

    Tu peux m'expliquer le lien entre les forages et l'amélioration des performances humaines ?

    Merci !

  7. janpol Répondre | Permalink

    @splatch
    la dérision est l'attitude des ignorants !

    Vous n'avez pas besoin de toujours plus d'énergie, vous ?
    Plouf !

  8. Splatch Répondre | Permalink

    @Janpol
    What. The. Fuck.
    Non mais répondez à ma question au lieu de botter en touche. Quel est le lien entre les forages et l'amélioration des performances humaines ? Et même les pesticides ? C'est bon pour la santé ?
    De plus, c'est hors-sujet sur le sujet de base.

    Et votre réponse: "Vous n'avez pas besoin de toujours plus d'énergie, vous ?" est hors sujet sur ce que je vous demande. Est ce compliqué de répondre simplement ?

    Et puis si vous voulez jouer sur les citations, je dirais celle de ma grand-mère adorée: "La culture, c'est comme la confiture: Moins on en a, plus on l'étale."

  9. Thierry Vieville Répondre | Permalink

    Bonsoir,
    Uppss : je crois que nous nous égarons sur la forme : ne trouvez vous pas ?
    Je réponds sur le fond, sur la méthode et fait ensuite une proposition de "gentleagreement" sur la forme.

    Sur le fond la transaction «Splatch 06.07.2013 0:50» pose une vraie question à @janpol qui développe une analogie entre monde naturel et monde artificiel au sens de «fabriquer par l'homme».
    Michel Serres en parlait ce dimanche 7 juillet à 19:50 sur FranceInfo montrant que la technologie avait un impact tel que de "objet" la nature devenait un "sujet à prendre en compte" car influencé par notre technologie cette nature "nous renvoie" en retour les conséquences de ce que notre action collective a engendré.
    C'est évidemment une préoccupation très périphérique du sujet que je traite, sauf qu'il me semble que dans la réflexion posée il y a la question de savoir si l'intelligence mécanique que nous développons ne va pas changer notre façon de penser la . . façon dont nous pensons.

    Sur la méthode, je ressens à la lecture de plusieurs commentaires, sur les tous les blogs de https://scilogs.fr, la volonté de faire des analogies entre des notions scientifiques et des grands problèmes de notre temps, et la volonté de faire des rapprochements à-priori entre des concepts qui ne sont pas reliés techniquement. Soit. J'aime sincèrement bien l'idée d'explorer ces notions scientifiques globalement. Quitte ensuite à faire le tri. En bon "camarade travailleur en recherche scientifique" ce n'est pas comme ça que je dois faire mon job. Certes. Mais écouter ce que les autres voient de leurs point de vue n'est jamais inutile.

    Sur la forme, j'ai une question : vous connaissez vous par ailleurs @splatch et @janpol ? Accepteriez vous (j'ai le "doit éditorial" de la faire mais ça me semblerait pas correct de ne pas en discuter avec vous) de modifier les transactions suivantes :
    Splatch 06.07.2013 0:50 -> reformuler la questions "sans" la vanne (en fait si vous voulez me balancer des vannes à moi, okay, vous privez pas 🙂 )
    janpol 07.07.2013 10:45 -> supprimer
    Splatch 07.07.2013 19:20 -> supprimer
    et reprendre le dialogue sur le fond et la méthode ?

    Bien Cordialement^2

  10. janpol Répondre | Permalink

    Thierry : la modération est votre droit. Utilisez-la à votre convenance.
    Le respect des avis est aussi un devoir d'objectivité.
    L'intelligence biologique a la prérogative majeure d'établir des liens entre des choses qui n'en ont pas usuellement. Si le lien existe, alors il peut être exploré et renforcé par l'intelligence artificielle.
    Il n'est pas inutile de préciser cet aspect "novateur" et "créatif" qui sera inaccessible aux circuits artificiels qui utilisent des "données" pour alimenter ses algorithmes.
    Certains pensent que nos performances ont atteint leurs limites naturelles, et qu'il devient nécessaire d'utiliser des artifices pour les dépasser. D'où mes exemples cités en vrac. L'intelligence culturelle, imagée par la grand mère de splatch, passe par une quantité de savoirs complexes qu'il est impossible de connaitre naturellement. Il faut adjoindre des artifices mémoriels toujours plus sophistiqués et des systèmes de calculs toujours plus performants ainsi que des dispositifs expérimentaux toujours plus puissants. En relation avec la valorisation économique, ces dispositifs sont toujours plus gourmands financièrement. Inutile de préciser le coût faramineux nécessaire au développement du projet mars one et le coût croissant des super-collisions.
    Dans une société de marché, comme la nôtre, le financement est lié à des profits de consommation (ça va ? pas trop compliqué ?).
    Consommer toujours plus génère plus de profit et plus de taxes.
    Il faut donc exploiter toujours plus de ressources en tirant le maximum de profit. Ce qui "naturel" !
    D'où l'affirmation objective qui lie l'amélioration des performances humaines à des techniques d'extraction et d'exploitation des ressources naturelles pour alimenter les circuits artificiels.
    Après, nous pouvons développer deux aspects contradictoires de cette situation : soit nous confinons l'homme au service de ce développement artificiel ; soit nous développons ces systèmes artificiels pour les mettre au service des espèces biologiques.
    C'est là la deuxième tartine de notre grand mère gourmande !
    Clin d’œil amical.

  11. david statucki Répondre | Permalink

    Avec toute ma sympathie je me joins au débat ouvert entre @splatch et @janpol:

    @janpol: Vous faites référence au fait que nos performances ont atteint leurs limites naturelles. Je perçois toutefois une contradiction dans votre démonstration en observant en préliminaire que vous extrayez la généralité du nombre de ceux qui en sont convaincus, en employant le terme "certains pensent que..", Pourquoi ce relativisme (à mon bon sens de bon aloi) alors que votre précédent message était beaucoup plus explicite et vindicatif "Pour améliorer ses performances l'Homme a nécessairement recours à des "artifices"".
    Je ne suis d'ailleurs pas totalement convaincu du sens à donner aux artifices que vous présentez, tout comme @Splatch il me semble, ni même les limites que vous mentionnez particulièrement dans le cadre posé par la question formulée par Monsieur Vieville. Ne serait-ce pas plutôt un vieux débat entre usage et nécessité, non?. Nous parlions bien du problème d'amalgame entre intelligence mécanique et biologique, de leur différences et inter-relation, pourquoi y adjoindre des "problèmes" de sociétés supplémentaires, qui d'ailleurs touchant des domaines si vastes (non exclusivement scientifiques) qu'ils ne peuvent se résumer par quelques mots?
    Dans ce sens je ne vois pas non plus la place du prolongement économique que vous avancez rapidement pour justifier l'accroissement de la demande de ressources (profits de consommation, taxes, ..), Sujet tellement complexe la matière économique qu'on en est encore aujourd'hui à discuter de ses fondements. Je comprends que vous cherchiez à compléter votre argumentaire par des éléments solides mais pourquoi citer exclusivement le coût exorbitant des projets pharaoniques souvent à destination de recherche fondamentale. Il en est heureusement des projets à des coûts plus raisonnables, qui touchent le domaine applicatif immédiat, à destination du plus grand nombre bénéficiant alors du mieux vivre ensemble ou du mieux vivre tout court, "progrès technologique" celui-là même dont nous sommes aussi censés discuter. Vous voyez je m'éloigne aussi du sujet principal.
    Finalement sur ce média, doit-on philosopher au sens large ou partager un moment de réflexion collective pointant la réponse riche d'enseignement présentée par Monsieur Vieville à une question clairement posée tout en l'enrichissant avec cohérence sur une base scientifiquement compatible, en veillant si possible à la rendre accessible au plus grand nombre. La question est posée.

    Vivement la suite de Monsieur Vieville, ...battrons nous notre record du nombre de contributions!!
    Amicalement

  12. Thierry Vieville Répondre | Permalink

    Bonjour,
    > doit-on philosopher au sens large ou partager un moment de réflexion collective
    oui c'est une bonne question, je n'ai évidemment pas la réponse "toute faite", mais . . du coup faut que je me remette au boulot !!!
    à très vite . .

  13. janpol Répondre | Permalink

    pour clore le débat sur ce billet lié à mon intervention faisant liens contestables ... et en attendant l'orientation que prendra Thierry, je dirai simplement que la démonstration est faite d'une différence fondamentale entre les deux formes d'intelligence, et que cette différence découle de la "décidabilité" appliquée à une liaison particulière entre deux éléments quelconques.
    Si l'on tape "forages et performances humaines" sur un moteur de recherche artificiellement intelligent que trouve-t-on qui puisse aider au débat ?
    Pour nous, il s'agit d'intercaler une "théorie" (propositions rationnelles) et s'il se trouve une "lacune" (proposition non-cohérente ou absence de proposition) il suffit d'utiliser le théorème de complétude pour pouvoir "décider" de la valeur de cette liaison. Nous sommes alors dans un "champ" continu de positions qui varie de "VRAI" à "FAUX" en terme de "pourcentages" 100 % VRAI et 100 % FAUX étant exclu, nous aurons des échantillons (dont celui de david S) qui sont de x%Vrai ;1-x%Faux.
    Ainsi fonctionne l'intelligence biologique en fonction des populations concernées.

    Tout dépend du contenu théorique ... et l'intérêt collecteur des circuits artificiels permettant de construire ce contenu. Wikipedia ?

    A la complexité artificielle fonctionnellement indécidable, il faut faire intervenir une fonction décidable, obligatoirement biologique.
    Thierry, il faut décider maintenant entre la complexification de ce débat et passer à autre chose de plus constructif si ma démonstration vous parait réussie de la distinction fondamentale entre les deux formes d'intelligence dont chacune présente un intérêt propre .... mais reste inconciliable à l'autre.
    Chacun a sa place.

  14. david statucki Répondre | Permalink

    Pour @janpol en toute sympathie, je crois que nous progressons. Merci pour l'échantillon david S, est-il un représentatif raisonnable de la totalité du champ des possibles ?. Excusez-moi je m'éloigne encore. En tout cas bravo, record battu 15 contributions.
    A Mr Vieville de clôturer le débat très intéressant entamé. La balle est dans votre camp. A bientôt

  15. Thierry Vieville Répondre | Permalink

    Chers Contributeurs de ce blog,
    Je suis resté plusieurs jours en réflexion devant toutes vos contributions en me posant "la" question suivante : «comment aider à cet échange très large et éclectique ?». Et je n'ai trouvé qu'une réponse indirecte : apporter de nouvelle matière à cette réflexion.
    Donc, non je ne saurais pas "clôturer le débat très intéressant entamé" mais essayé de rebondir en me disant : mais finalement . . comment elle marche en fait cette intelligence mécanique ?
    Mieux comprendre ce "comment ça marche" aidera peut-être à approfondir et faire la part de choses.
    Amicalement à tous
    Thierry

  16. david statucki Répondre | Permalink

    Bonsoir,

    de retour du boulot, Merci Thierry pour la suite que vous donnez à nos discussions, votre sagesse est-elle d'origine biologique ou mécanique?. En tous cas je suis partant pour cette nouvelle étape, je pense que le duo infernal @janpol et @splatch aussi (je plaisante bien sûr). Que d'autres contributeurs nous suivent, ce ne sera qu'encore meilleur.

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