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Sagnol et les Noirs : quand le foot se prend les pieds dans le tapis

Grosse polémique ce matin à propos de l'entraîneur de Bordeaux, Willy Sagnol. Footballeur de premier plan au début des années 2000, finaliste de la Coupe du Monde avec une équipe multi-ethnique, Sagnol se prend les pieds dans un tapis trop glissant pour lui, sur un terrain où il n'aurait jamais dû s'aventurer. On regarde l'extrait. On note l'analyse à gros traits du footballeur africain pas cher, prêt au combat mais - sous-entendu - pas toujours très futé. Lilian Thuram, sans... Lire la suite

Sagnol et les Noirs : quand le foot se prend les pieds dans le tapis

05.11.2014 | par Sébastien Bohler | 9 commentaires

Grosse polémique ce matin à propos de l'entraîneur de Bordeaux, Willy Sagnol. Footballeur de premier plan au début des années 2000, finaliste de la Coupe du Monde avec une équipe multi-ethnique, Sagnol se prend les pieds dans un tapis trop glissant pour lui, sur un terrain où il n'aurait jamais dû s'aventurer. On regarde l'extrait.

On note l'analyse à gros traits du footballeur africain pas cher, prêt au combat mais - sous-entendu - pas toujours très futé. Lilian Thuram, sans doute un des plus intelligents de nos anciennes gloires footballistiques, et militant engagé des causes antiracistes, lui a répondu sur l'antenne d'Europe 1 en des termes aussi justes que mesurés:

L'intelligence et les origines ethniques

Il y a tant de confusions dans ce domaine qu'il faudrait un livre entier pour les démêler. Le principal problème tient à mon avis au fait que les interprétations génétiques et raciales de l'intelligence n'ont pas totalement disparu de l'imaginaire collectif, en témoigne la prise de position du co-découvreur de l'ADN James Watson en 2007, lorsqu'il affirma que les politiques d'aide aux pays africains ne pouvaient pas fonctionner parce que nous considérions les Africains comme aussi intelligents que nous, ce qui n'était pas le cas - selon lui.

Watson pensait d'ailleurs que la base de telles différences était génétique et qu'on découvrirait bientôt les gènes responsables de ces différences.

La vérité : éducation, aisance matérielle, santé

En fait, ces gènes n'ont jamais été identifiés. La généticienne Michèle Carlier nous le rappelle dans un article intitulé Fabriquer des surdoués grâce à la génomique? et paru dans Cerveau & Psycho actuellement en kiosques. Ce qui n'empêche pas, explique-t-elle dans son article, certains organismes notamment chinois de travailler assidûment à l'amélioration de l'intelligence de leur nation par des moyens génétiques. Cela dit, il se pourrait que des différences de QI (mais est-ce l'intelligence?) se manifestent selon les pays et donc, par recouvrement, selon les origines géographiques et ethniques.

La principale étude réalisée à ce sujet est bien peu reluisante. C'est le produit national brut d'un pays qui semble déterminer le plus fortement son QI collectif. Evidemment. Les structures d'enseignement, l'alimentation, l'allègement des tâches physiques, la santé, tout cela a un impact de premier plan sur les scores obtenus aux tests de QI. Ils aboutissent alors au classement suivant:

Le QI moyen de chaque pays a été comparé à son produit intérieur brut.

Tous à Hong Kong!

Je propose donc à Willy Sagnol de recruter exclusivement des joueurs de Hong Kong. Parce que les Français, les gens du Nord comme il dit, eh bien franchement quand on regarde ce tableau ce n'est quand même pas le top au niveau QI. Mais pourquoi ce genre de propos est-il si attristant? Parce que Sagnol, comme le dit Thuram, renforce des contre-vérités sur l'intelligence en suggérant - même s'il ne le dit pas, l'idée est rampante - que ces différences sont d'origine raciale. Quel dommage que Sagnol, un peu à la manière d'un Eric Zemmour, ne prenne pas la peine de réfléchir aux déterminants environnementaux du QI : pauvreté, chômage, absence d'éducation. Il saurait alors que Le QI augmente non seulement avec la richesse des nations, mais avec les revenus d'une classe sociale. On peut toujours trouver des différences en choisissant bien son groupe d'étude.

Le bénéfice du doute? Pas du tout!

Jean-Louis Triaud, le président du club des Girondins de Bordeaux, a défendu son entraîneur ce matin en affirmant que toute parole aujourd'hui était taxée de racisme si elle abordait des questions liées à la couleur de peau. Selon lui, Sagnol n'est pas raciste, il ne fait qu'exprimer un point de vue de professionnel du foot. Je ne suis pas d'accord. Si Sagnol voulait des joueurs intelligents, comme il le prétend, il lui suffirait de choisir des joueurs intelligents, un point c'est tout. Il en trouverait de toutes les couleurs. Mais ce n'est pas cela qu'il dit. Il dit qu'il y aura moins de joueurs Noirs. Parce qu'ils sont moins intelligents. Nuance. Une nuance qui fait tout.