Inanité des discours politiques

25.07.2013 | par Philippe Boulanger | Non classé

Relisez les discours de Jaurés : ils sont emplis de références historiques qui éclairent le présent. Aujourd'hui, ces explications culturelles semblent passées de mode : passe encore que les Ministres actuels de la  République ne fassent aucune référence au progrès de la science et se limitent à des injonctions morales quant à l’intérêt des énergies nouvelles, on peut les pardonner car la culture politique de l’ENA ne porte pas vers l’approfondissement des sujets ardus (et la science n’est pas d’appréhension facile, ni pour l’orateur, ni pour l’auditeur).

Depuis Pierre Aigrain, Hubert Curien et Claude Allègre aucun chercheur aguerri n’a dirigé, en tant que ministre, la recherche.

Plus triste encore, il n’y a dans le discours politique aucune allusion à l’histoire ou à la philosophie, comme si des citations ou des sources de la pensée était inconnues ou pire mal venues parce qu’élitistes. Pourtant les conflits actuels dans le Monde pourraient s’éclairer par l’histoire des peuples et la résolution des affrontements similaires par le passé.

Foin de tout cela, le discours politique n’a aucun recul et donc nulle portée. Depuis quelques décennies il semblerait que toute évocation culturelle soit bannie, parce qu’élitiste et donc détestable. Le sophisme est : puisque la culture est élitiste, supprimons la culture.

Jaurés n’avait pas de ces préventions, et ne méprisait pas son public : parcourez, si vous avez le temps, son discours à la jeunesse (http://www.lours.org/default.asp?pid=100).

Le philosophe américain Georges Norlin a proclamé que l’homme qui ne connaît que sa génération restera toujours un enfant.  Je vous invite à un jeu : donner un âge mental à la prochaine allocution d’un de nos discoureurs.


4 commentaires pour “Inanité des discours politiques”

  1. Nicolas Répondre | Permalink

    Tout à fait d'accord.
    Mais il faut aussi remarquer que ceux qui inspirent/écrivent les discours des hommes politique sont, eux, issus pour la plupart d'écoles de communication/commerce. Du coup leur culture politique les porte encore moins vers l’approfondissement des sujets ardus.
    Leurs stratégies, inspirés par les états-unis, est le "story-spelling". Hors c'est aux enfants qu'on raconte des histoires.
    C'est à se demander si c'est pas le public qu'on prend pour des enfants...

  2. Bruno Répondre | Permalink

    certes, c'est vrai. Mais ce n'est que le reflet d'une évolution sociétale.

    Ayant enseigné biologie et géologie à divers niveaux (ante et post-bac) durant plusieurs dizaines d'années, j'ai pu constater que l’intérêt du "public" pour des références culturelles s'émousse, c'est un euphémisme, même en tant que moyens mnémotechniques ou pour comprendre comment un concept a été forgé.

    Mais, prenons une revue de diffusion des connaissances au hasard, Pour La Science, envoyons, proposons un manuscrit avec des références culturelles idoines et multiples (à la mythologie, à l'histoire ...), je ne pense pas qu'il soit accepté. Une ou deux passeraient, mais pas davantage.

  3. C. G. Répondre | Permalink

    @Bruno: Au contraire, c'est une chose qui m'ennuie beaucoup que cette absence de contexte culturel et de références culturelles dans la science, la politique, etc de nos jours. Et même si je ne sais pas si nombreux sont ceux qui pensent comme moi, je sais que je ne suis pas le seul.
    Je pense aussi qu'il est du devoir d'un éditeur, d'un journal, de prendre des risques et de fournir du contenu que lui pensent intéressant et pas seulement du contenu qu'il sait que les gens vont trouver intéressant.
    De nos jours, il semble important de donner l'impression que toute découverte ou avancée est récente et novatrice.. On a le droit de se baser sur de l'ancien aussi 🙂

    Amicalement.

  4. Grivois Répondre | Permalink

    Ce phénomène est universel. les discours d'Obama ou de Merkel sont du même acabit que ceux de nos politiques français.
    Certains medias tentent de prendre du recul: il serait intéressant de mieux connaître leur influence et leur audience.

Publier un commentaire