Écologie et guerres

16.01.2023 | par Didier Nordon | Uncategorized

Tel président des États Unis était si bête, disait-on, qu'il ne pouvait pas simultanément marcher et mâcher un chewing-gum. Je ne vaux guère mieux : je ne puis pas avoir deux projets à la fois. J'ai interrompu ce blog pendant que j'écrivais des aphorismes. Ceux-ci étant publiés, sous le titre Épargnez-nous les démonstrations ! aux éditions Pont 9 (www.aupont9.com), je reprends ce blog.
À l'opposé de ma génération, qui faisait primer les considérations politiques, une tendance actuelle fait primer les considérations écologiques. Si nous ne changeons pas drastiquement nos modes de vie, annonce-t-elle, nous allons vers une catastrophe écologique. Mais de quel "nous" s'agit-il ? À entendre certains militants, l’humanité serait unie. Face aux dangers écologiques, nous serions tous dans le même bateau. Je ne le crois pas. Quelque forme que doive prendre la catastrophe écologique, il me paraît couru d'avance que les pays riches s'en tireront mieux que les pays pauvres et que, dans un pays donné, les riches s'en tireront mieux que les pauvres. Pas plus dans cette affaire-là que dans quelque autre, ne disparaissent les divisions entre peuples, les hostilités entre classes, et mille autres causes de désaccords entre les hommes. Sans oublier les petits malins qui savent tirer profit du malheur des autres. L’état français a intérêt à afficher des préoccupations écologiques pour satisfaire son opinion publique, mais n’a pas intérêt à les mettre en pratique.
Faire passer les combats écologiques avant tous les autres évite d’avoir à constater que, depuis le temps qu’il y a des divisions entre les hommes, nous ne savons toujours pas comment faire pour empêcher qu’elles engendrent des guerres. Les problèmes politiques sont aujourd’hui aussi dangereux qu’au premier jour. Où ont la tête ceux qui croient que les dangers écologiques peuvent constituer un ennemi commun à toute l’humanité et unifier celle-ci ? Il serait obscène d’imaginer en ce moment Poutine et Zelenski s’asseyant à une même table et examinant ensemble les mesures à prendre contre le réchauffement climatique. Le bien de l’humanité, en particulier des peuples russe et ukrainien y compris leurs chefs, demanderait que la guerre cesse et que ces chefs s’entendent pour lutter contre les menaces écologiques, mais rêver de cette entente n’est même pas une utopie : c’est un délire. Par quel miracle l’humanité serait-elle meilleure pour résoudre pacifiquement les problèmes écologiques que pour résoudre les problèmes politiques ?
Donc, dilemme. S’attaquer aux problèmes écologiques en ne voulant voir que les questions écologiques, c’est sous-entendre que l’humanité est unie, donc courir à un échec certain. Faire de l’écologie politique, c’est se préparer aux luttes politiques, avec la certitude que certaines déraperont jusqu’à des guerres.

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