Un piège tendu par la beauté ?

03.10.2021 | par Didier Nordon | Uncategorized

N’étant pas académicien, je n’ai pas à donner d’injonction à la langue française. Il me reste cependant le droit d’exprimer un regret. Je trouve dommage, voire trompeur, que cette langue (comme d’autres) puisse appliquer le même adjectif, « beau, belle », à une œuvre d’art et à un lieu naturel. Or je ne crois pas qu’il y ait de beauté là où il n’y a pas d’intention de la part d’un créateur. La beauté d’une peinture ou d’une musique naît d’une conjonction entre l’intention d’un artiste et l’émotion de celui qui la reçoit. Au contraire, une montagne ou le ciel étoilé n’expriment, je pense, aucune intention. Leur effet sur les humains est dû au hasard : les lois de la nature se trouvent avoir mené là à un résultat qui les frappe. Plutôt que qualifier de belles ces productions de la nature, on devrait donc recourir à des qualificatifs ne décrivant que la réaction de celui qui les contemple : impressionnantes, formidables, à couper le souffle...
Si on admet la nuance que je viens de faire, comment réagir lorsqu’un scientifique qualifie une théorie de « belle » ? Si l’essence de la théorie est de rendre compte objectivement d’une réalité naturelle, elle n’a pas à être belle, mais aussi exacte que possible. Par contre, si la théorie est à prendre comme interprétation de la réalité par une personnalité scientifique, alors on peut l’admirer pour sa beauté. Lisant un livre sur la relativité, on admire « Ah, je reconnais bien là la patte d’Einstein ! » tout comme, écoutant une œuvre, on admire « Ah, je reconnais bien là la patte de Beethoven ! »
Méfiance, donc. Attribuer de la beauté à une théorie scientifique revient à adopter implicitement une conclusion hardie : œuvre humaine, la théorie en dit plus sur son auteur que sur le monde naturel.


2 commentaires pour “Un piège tendu par la beauté ?”

  1. Xavier Répondre | Permalink

    Juste pour la discussion 😉
    Et si ce que nous appelons beau n'était pas que le résultat de la sélection naturelle ?
    Survivent mieux ceux qui sont en adéquation avec la nature (et donc la trouve belle puisqu'elle les nourrit).

    De ce fait les artistes tendraient à faire des œuvres répondant a des critères activant des neurones de ce beau là...

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