Faire sourire les sciences de la nature

Pour intéresser, il y faut du sentiment, disait (en quelque sorte) Aristote dans sa Poétique.

Comment l'y mettre, dans les sciences de la nature, qui sont des activités "sérieuses", qui se font dans le silence des laboratoires, et où la réflexion ne laisse que peu de place au social, donc au sourire ?

La réponse est connue : nombre de vulgarisateurs cherchent à montrer l'aspect humain, les relations, le social, l'attente, la surprise... même si tout cela n'est que construction littéraire.

Ne devrait-on pas d'abord se demander quels sentiments on peut vouloir faire naître, chez ceux à qui l'on explique les résultats scientifiques ?
Puis ne pas oublier les règles identifiées par les grands anciens : la catharsis, purification, séparation du bon avec le mauvais, en est une.

Les sentiments ? Peur, terreur, panique, joie, tristesse, bonheur, peine, gaieté, chagrin, stupeur, surprise, effroi, frayeur, haine, mépris, jalousie, amour, honte, dégoût, colère, rage, fureur, envie, respect, compassion, angoisse, désespoir, crainte, ennui, mélancolie... et il en manque peut-être.

Ici, je me propose de rester sur du "rose" plutôt que du "noir" : comment faire sourire la science ? Notamment, comment montrer le bonheur de la science, sa beauté joviale ?

Si l'on est soi-même scientifique et jovial, ou si l'on veut avoir quelque chance d'intéresser le public en l'amusant, on ne saurait oublier l'écrivain argentin Jorge Luis Borges, qui disait qu'il travaillait "avec le sérieux d'un enfant qui s'amuse".

Je vois un double mouvement :
- l'activité scientifique, qui peut-être pour nous un grand bonheur à analyser, sur des exemples ;
- le sourire, qui est une autre chose, en ce sens qu'il est social, que c'est une sorte de bouquet de fleurs que nous offrons à nos amis, mais que nous n'avons pas de raison de faire apparaître quand nous œuvrons seul dans notre laboratoire.

 

Autrement dit, la question du sourire en science vient pour sa communication, son partage, sa diffusion.

 

Et là, on ne peut manquer d'évoquer le Paradoxe du comédien, de Denis Diderot : ce n'est pas en mourant réellement sur scène que nous jouerons le mieux la mort d'un personnage.
Certes - Diderot le dit bien- on peut chercher à ressentir les sentiments pour les exprimer, mais c'est in fine leur expression qui est essentielle : une obligation de résulat.

Autrement dit, peut-être faut-il être intérieurement glacé, froidement rationnel, pour bien communiquer de l'enthousiasme pour les sciences.
Et le sourire doit être créé, spécifiquement, comme une pure activité technique de communication.

Evidemment, si nous aimons la science, nous pouvons chercher à identifier les raisons de nos émerveillements, afin d'en faire usage.
Mais il restera à construire le sourire.

Autrement dit, il y a une possibilité, qui consiste à ne pas oublier d'être jovial, parce qu'on l'est de façon naturelle, pour arriver à faire apparaître jovialité et sourires, qu'il s'agisse de chimie quantique, de biologie moléculaire, et cetera, mais la question du sourire demeure, et doit être envisagée très spécifiquement.

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