Je veux des méthodes

 

Alors que je finis le manuscrit d'un livre didactique qui explique comment explorer les problèmes de physique-chimie, reliant cela à de la cuisine pour agrémenter les études, j'ai une discussion avec un ami de longue date, à propos de la méthodologie scientifique, et notamment de la méthodologie du calcul : où trouver de telles méthodes ?

Je connais et j'aime le livre de George Polya, à propos de la résolution de problèmes, mais c'est un livre plus centré sur les mathématiques que sur la physico-chimie. Mon ami connaît-il autre chose ?

Et il me redit une position que je ne partage pas : pour lui, il n'y a pas de méthode générale, pas d'enseignement en "études de problèmes de physiques", et il faudrait que les étudiants s'approprient par eux-mêmes, avec leur intelligence propre et une bonne dose de travail, des façons de faire. Autonomie, liberté...

 

 

Moi, je sais quand même que les réflexions méthodologiques nous aident, et je sais que certains des étudiants venus apprendre auprès de moi sont demandeurs de conseils. D'ailleurs, ne suis-je pas moi-même demandeur de conseils ?

Je maintiens absolument que la "structure", la "méthode" nous aide, nous épaule. Je ne dis pas qu'il faille toujours marcher avec des béquilles méthodologiques d'autrui, mais je dis que nous avons besoin d'apprendre à marcher et que les réflexions des uns et des autres sont utiles. Nous pouvons tester leurs méthodes, nous pouvons les explorer, nous pouvons les adopter, nous pouvons les rejeter... mais pourquoi éviter l'examen préalable ?

Lorsque je travaillais à produire la revue Pour la science, cette idée m'avait conduit à interroger des lauréats du prix Nobel de chimie, de physique, de physiologie, des mathématiciens, pour leur demander quell

 

 

e était leur méthode... et ces personnes merveilleuses avaient accepté d'en livrer certaines.
Par exemple, une des méthodes du physicien Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique, s'apparentait tout à fait à une des méthodes d'Enrico Fermi, prix Nobel de physique avant lui. Une des méthodes de Jean-Marie Lehn ressemblait à l'une des méthodes de Dmitri Mendeleiev.

 

Comprenons-nous bien : je ne dis pas que la méthode remplace le travail, la réflexion, et je ne dis pas non plus que les personnes que j'ai interrogées n'avaient qu'une seule méthode, mais je dis qu'ils ont été suffisamment généreux pour donner publiquement ce qui a contribué à leur réussite.
Et je veux absolument distribuer ces pépites à nos jeunes amis, afin de les aider à parcourir ce chemin pas si facile qui est celui des sciences de la nature.

Oui, il y a (peut-être) des êtres d'exception, parfaitement autonomes, qui n'ont pas besoin des méthodes des autres, mais soyons honnêtes : qui d'entre nous n'a jamais été aidé, au cours de sa formation, par un instituteur, par un professeur de lycée, par un camarade, par un parent, par un professeur d'université ?

Ce sera ma réponse absolument définitive : nous nous échelons les uns les autres, et je rêve d'une sorte de dépot public de méthodes pour devenir demain meilleur scientifique qu'aujourd'hui.
Sinon, à quoi serviraient les professeurs ?

Publier un commentaire